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Tours Événements : mesurer son empreinte carbone pour mieux agir

Publié le 2 novembre 2026 par Mélissa De Freitas

Une stratégie RSE de long terme, à rendre plus lisible et plus opérationnelle

L’engagement de Tours Événements ne date pas d’hier. La structure, qui gère le Palais des Congrès et le Parc Exposition de Tours, s’est engagée dans une démarche ISO 20121 en 2019, est devenue société à mission en 2021 et a obtenu le label Destination Innovante Durable en 2023. Mais une stratégie construite au fil des années peut aussi devenir difficile à piloter lorsqu’elle rassemble de nombreuses actions. Le plan de Tours Événements en comptait initialement 169. Un travail de priorisation a donc été mené pour faire émerger trois enjeux majeurs : la qualité de vie et les conditions de travail des équipes, les déchets et la pérennité économique de l’entreprise, notamment pour préserver les emplois et contribuer à la dynamique du territoire. Cette hiérarchisation permet de mieux relier les engagements aux décisions du quotidien. Lors du renouvellement de son marché de traiteurs, par exemple, un tiers de la note attribuée aux candidats reposait sur des critères de développement durable. Les engagements RSE se traduisent ainsi dans les choix de prestataires et les conditions de réalisation des événements.

Pour Laura Buratti, la communication joue un rôle complémentaire essentiel. Responsable RSE depuis 2025, elle conserve également une partie de ses missions en communication. Son objectif : faire en sorte que les engagements soient compris et partagés, en interne comme auprès des clients. Sans communication, les actions risquent de rester méconnues des équipes et de ne pas suffisamment transformer les pratiques. Pour Laura, l’enjeu est d’acculturer les collaborateurs, afin qu’ils s’approprient la démarche et en deviennent les relais auprès des clients.

Cléo Carbone : passer de la mesure à des questions concrètes

C’est dans cette logique que Tours Événements s’appuie sur Cléo Carbone, notre outil développé par et pour les acteurs de l’événementiel. Nous l’avons conçu pour accompagner les professionnels de la filière dans la mesure de leur empreinte carbone, à l’échelle de leur structure comme de leurs événements. L’objectif est de disposer d’une approche cohérente entre le bilan annuel de l’entreprise et celui de ses événements majeurs, parmi lesquels le Japan Tours Festival et la Foire de Tours. En 2026, les équipes ont travaillé sur les données de 2025, avec la volonté de mieux comprendre les principaux postes d’émissions et d’identifier les leviers sur lesquels agir.

Cette nouvelle approche est aussi le résultat d’un constat : un bilan très détaillé n’est pas nécessairement le plus utile. Lors d’un précédent exercice, l’immobilisation du bâtiment représentait une part prépondérante des émissions calculées. Cette lecture avait surtout mis en évidence un poste sur lequel les équipes estimaient avoir peu de prise, sans déboucher sur un plan d’action concret.

La méthodologie a donc été réorientée pour se concentrer davantage sur les postes significatifs et les données réellement utiles à la décision. Les déchets restent notamment suivis avec attention, même si leur poids carbone est limité, car ils constituent un enjeu prioritaire pour la structure. Cette évolution suppose aussi de mieux organiser la collecte des données auprès des équipes. Pour les bilans événementiels, Tours Événements a notamment anticipé les besoins et précisé l'ensemble de ses prestataires et services les informations à relever.

Il est en revanche difficile de comparer deux structures en se basant uniquement sur leur bilan carbone. Les niveaux de détail, le périmètre ou la méthodologie peuvent varier. Pour Laura Buratti, l’intérêt ne réside pas uniquement dans le total des émissions en équivalent CO₂, mais dans l’analyse détaillée des postes et dans la capacité à agir : « Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’aller secteur par secteur […] et de voir sur quoi on peut agir. C’est là que ça devient intéressant. ». Le bilan du Japan Tours Festival illustre cette démarche. Les déplacements des visiteurs ressortent comme un enjeu important, mais sur lequel l’organisateur dispose d'une faible influence. Les données sur les déchets sélectifs ont également progressé, sans que cette évolution puisse encore être expliquée précisément. Grâce au bilan carbone, ces résultats offrent des pistes de réflexion et montrent qu’il faut parfois aller chercher des informations complémentaires afin de pouvoir prendre des actions pertinentes. Comme l’explique Laura Buratti : « Certains postes de notre bilan carbone sont en hausse, d’autres en baisse, sans que nous puissions toujours en expliquer les raisons. ».

Le bilan carbone ne fournit donc pas automatiquement toutes les réponses. Il aide à poser les bonnes questions et à identifier celles qui nécessitent un approfondissement.

Faire progresser toute la chaîne de valeur : l’importance du collectif

L’un des premiers effets concrets de cette démarche se joue aussi auprès des prestataires et fournisseurs. Pour affiner certains postes, Tours Événements les a sollicités, notamment pour obtenir des données physiques sur des prestations comme le nettoyage ou le déplacement de leurs équipes. Ces demandes permettent de mieux connaître leurs pratiques, mais aussi d’ouvrir le dialogue sur les données disponibles et les pistes d’amélioration.

Elle rappelle également que, dans le cadre de l’ISO 20121, le devoir d’influence s’étend aux parties prenantes, notamment aux prestataires et aux fournisseurs. Le bilan carbone devient ainsi un moyen de les sensibiliser et de les inciter à s’interroger sur leurs propres pratiques. La mesure carbone devient alors un moyen de mobiliser la chaîne de valeur, même lorsque tous les leviers ne sont pas directement entre les mains de la structure. Elle permet également de mieux distinguer ce qui relève de sa responsabilité directe, ce sur quoi elle peut exercer une influence et ce qui demande un travail de sensibilisation plus large.

C’est aussi tout l’intérêt des échanges entre pairs. À travers les FABRIK que nous organisons, les professionnels peuvent partager leurs questions, leurs difficultés et leurs retours d’expérience, mais aussi bénéficier d’une veille sur les évolutions réglementaires et échanger autour des outils disponibles, dont Cléo Carbone. Pour Laura Buratti, ces temps collectifs sont précieux : « On n’est pas concurrents dans ces moments-là. » Au-delà de la concurrence commerciale, les structures rencontrent des problématiques communes et peuvent s’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs. Ces échanges permettent aussi de faire émerger des sujets qui dépassent le seul bilan carbone. L’adaptation des événements aux épisodes de forte chaleur, par exemple, soulève des questions très opérationnelles : organisation du montage, conditions de travail, horaires et coordination avec les prestataires. Autant d’enjeux sur lesquels le partage d’expérience peut aider chacun à avancer.

Mesurer, partager, progresser

Le retour d’expérience de Tours Événements rappelle une chose essentielle : la valeur d’un bilan carbone ne se résume pas au chiffre final.

Elle se mesure aussi à ce qu’il permet de comprendre, aux questions qu’il fait émerger et aux échanges qu’il déclenche avec les équipes et les partenaires. La mesure constitue un point de départ. Elle doit ensuite s’articuler avec les priorités de la structure, des indicateurs adaptés et une trajectoire d’amélioration dans le temps. Certaines évolutions seront visibles dans le bilan carbone ; d’autres devront être suivies à travers des indicateurs opérationnels, par exemple sur les déchets ou les pratiques des prestataires.

C’est en croisant ces approches et en partageant les apprentissages que nous pouvons faire progresser les pratiques de notre filière. Les retours d’expérience de nos adhérents nourrissent cette dynamique collective : ils permettent de dépasser les principes généraux pour regarder concrètement ce qui aide à avancer, les limites rencontrées et les leviers à activer.