Publié le 30/11/2015

"Equita s’est toujours défini comme un « événement » et non comme un salon isolé ou une compétition isolée. C’est le modèle que nous suivons depuis vingt ans, en ayant cherché à faire progresser en continu les différents pôles de l’événement, et c’est le modèle que nous poursuivrons dans les années à venir."

Le salon Equita’Lyon a fermé ses portes il y a à peine un mois : l’occasion de poser quelques questions à Sylvie Robert, sa Présidente.

 

Sylvie ROBERT, comment êtes-vous arrivée là ?

Je suis entrée chez GL events, société organisatrice d’événements fondée par mon frère Olivier Ginon après avoir dû mettre un terme à mes études de médecine. J’ai découvert et appris tous les métiers de l’événementiel et de l’exposition. Lorsqu’Equita a vu le jour en 1995, nous n’étions que des prestataires. Ce fut pour la première édition un succès populaire indéniable mais financièrement beaucoup plus délicat, à telle enseigne que les organisateurs se sont retrouvés en liquidation judiciaire à l’issue de la 1ère édition. Nous avons repris le flambeau pour une somme symbolique : un sacré pari car nous étions dorénavant propriétaire de l’événement, avec un passif très important que nous mettrons dix ans à absorber. Nous avons toujours cru à son potentiel. Nous avons voulu rassembler toute la famille équestre et hippique dans son ensemble, de l’amateur éclairé au professionnel. Moins de dix ans après notre reprise, nous avons organisé notre premier concours 5*, aussi bien en dressage qu’en CSO : cela a été pour nous une grande reconnaissance. Nous avons été intégrés dans le circuit de Coupe du monde de 2008 si bien que nous sommes aujourd’hui un événement incontournable du calendrier sportif mondial.

 

Vous êtes à la frontière entre les événements sportifs, les salons professionnels et des événements de passionnés : comment articulez-vous cela ? Cibles différentes, modèles économiques différents, objectifs différents ?

La filière équestre est une filière très riche dans sa diversité, et Equita, le salon du cheval de Lyon, s’est positionné comme le miroir et la vitrine de cette filière.

  • Cette filière est constituée de nombreux amateurs : la Fédération Française d’Equitation est la troisième fédération française en nombre de licenciés (environ 700.000) ;
  • Cette filière fait également vivre de nombreux professionnels (chiffres clés 2014 de l’IFCE : 1 million d’équidés ; 180 000 personnes actives ; 14 milliards d’euros de flux (dont près de 11 milliards générés par les courses) ; près de 35 000 élevages ; près de 9000 établissements équestres) ;
  • Cette filière bénéficie également d’ambassadeurs de renom (haut niveau).

Equita, en tant que miroir et vitrine de cette filière, est donc pensé comme un créateur de lien : l’ensemble de l’offre doit se retrouver à Eurexpo et les échanges doivent être favorisés entre l’ensemble des acteurs de la filière, de l’amateur passionné au professionnel.

Ce modèle est rendu possible grâce au formidable outil modulable qu’est Eurexpo : physiquement, Equita occupe 100% des espaces couverts proposés par Eurexpo. Un tel modèle, s’il veut parfaitement assumer son ambition, n’est possible que dans un tel cadre. Il n’est également possible que soutenu par un ensemble de professionnels qui chacun dans son domaine va permettre d’enrichir son offre propre et ainsi le produit global. Equita bénéficie ainsi de l’ensemble des savoir-faire du groupe GL events. Tout au long de l’année, les professionnels de GL events contribuent au succès d’événements sportifs, de salons professionnels et d’événements grand public : Equita bénéficie alors des inspirations que tous auront trouvées sur ces différents événements.

 

Pensez-vous que l’hybridation des formats est une tendance pérenne ou au contraire il faut viser la spécialisation des formats ?

Equita s’est toujours défini comme un « événement » et non comme un salon isolé ou une compétition isolée. C’est le modèle que nous suivons depuis vingt ans, en ayant cherché à faire progresser en continu les différents pôles de l’événement, et c’est le modèle que nous poursuivrons dans les années à venir.

Pour autant, d’autres modèles existent. Certaines compétitions d’équitation n’ont pas vocation à développer l’activité « stands d’exposants » ; de même que certains salons ne cultivent pas d’ambitions dans le domaine de la compétition. Mais la constante que nous retrouvons dans chacun des modèles est celle de la mise en scène de l’animal. Le cheval est un vecteur de beauté, de sympathie, d’émerveillement extraordinaire.

 

A quel niveau l’événement sportif, qui fait son entrée au sein de notre Union, a à apprendre des organisateurs d’événements « classiques » ? Et qu’ont-ils à nous apprendre ?

Les organisateurs d’événements peuvent effectivement apprendre des organisateurs de compétitions de très haut niveau. Il y a dans le sport de haut niveau un sens de la précision absolument primordial : lorsque l’on doit être en direct à 15h sur une chaine de télévision nationale, nous ne pouvons pas nous permettre 30 ou 45 secondes de retard. De même, le sport de haut niveau a appris à très bien mettre en avant ses partenaires et sponsors. Nous réfléchissons énormément à l’amélioration de leur visibilité : sans le sport de haut niveau, nous n’en serions peut-être pas à ce degré de précision.

A contrario, les organisateurs d’événements sportifs doivent apprendre des événements classiques l’innovation. Les événements classiques sont soumis à une grande concurrence, notamment les événements grand public, et les organisateurs doivent rivaliser d’imagination pour fidéliser leur public et attirer également de nouvelles personnes. Dans le domaine sportif, nous avons vu de beaux événements s’éteindre car ils ne s’étaient pas rendu compte que leur compétition était globalement la même que celle que proposait le voisin, qui lui, avait anticipé cette concurrence et avait proposé des formats plus séduisants, plus attirants.

 

Quel est votre meilleur souvenir d’événement ? 

La première édition du Saut Hermès en 2010, lorsque le premier cheval est entré en piste au Grand Palais …. Quelle émotion de voir revenir un cheval de sport dans un édifice hors du commun car ce n’était pas gagné d’avance. Pierre Jonquères d’Oriola avait dit lorsqu’il avait monté nombre de parcours sur la piste du Grand Palais avant qu’elle ne se ferme en 1957, que c’était « une montée au paradis ». Il avait bien raison.

 

Nous remercions Sylvie ROBERT pour sa disponibilité

 

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