La parole à Marc HALPERT, Directeur du Parc des expositions et du Centre de conférences de Grand Poitiers.

La parole à Marc HALPERT, Directeur du Parc des expositions et du Centre de conférences de Grand Poitiers.
Publié le 01/04/2016

Un des grands enjeux d’UNIMEV est de rassembler des acteurs des tous les métiers de la filière (ce qui est rare dans le monde) certes, mais aussi de permettre à chacun de connaître le métier des autres. Nous sommes une filière d’excellents opérationnels qui a besoin de se penser.

Prix Coup de Cœur du Jury 2015 pour le projet « Théâtre de Foire, répétition d’avenir » dans le cadre de la Foire de Poitier.

 

Rappel du projet :

Ce projet avait pour objet de recréer un Théâtre de Foire né aux 17ème et 18ème siècles.

Il s’inscrit dans le durée et commence par une programmation de Théâtre de Foire, gratuite et pour tous, initiée en 2015 à la Foire de Poitiers (16>25 mai) et qui s’installera et se développera dans le temps afin de devenir une référence dans le genre.

Le résultat ? Plus de 20 représentations composées de 13 spectacles différents, créations originales, présentées par une dizaine de troupes de Poitiers et ses environs : comédie, critique sociale, humour, variations sur des classiques, contes, jongleries, improvisation, autres...

A cette occasion, nous donnons la parole à Marc HALPERT, Directeur du Parc des expositions et du Centre de conférences de Grand Poitiers.

 

Vous avez reçu le Prix coup de Cœur du jury, quelle est votre réaction ?
 

En arrivant à Poitiers, j’ai enfin pu réaliser ce projet que j’avais en tête depuis 10 ans de réintégrer le théâtre dans les foires.
 

Pour moi ce projet reposait sur trois convictions :

  • L’innovation sur les foires et salons se trouve souvent dans la fidélité au concept d’origine : reprendre les théâtres de foires, c’est reprendre une tradition existante ;
  • La conversation est centrale sur un événement (pour la filière en général d’ailleurs), c’est sa « bande son » : réintégrer le théâtre, c’est mettre en scène la parole ;
  • La foire doit redevenir l’espace public, le « forum » qu’elle a toujours été en plus de l’espace commercial qu’elle constitue. Et sa force est de pouvoir réencastrer l’économique dans le social, le culturel, le politique.

 

La fierté a donc été réelle de recevoir ce Prix Coup de Cœur, non seulement parce que nous avons été fidèles à ces trois convictions, mais également parce que nous avons réussi à monter ce projet en peu de temps, et avec des troupes de théâtre locales.
 

Nous avons proposé une vraie conversation théâtrale, variée en termes de style avec des formats plus faciles d’accès que d’autres mais avec toujours une grande exigence. C’était également un choix politique de proposer du théâtre gratuit.  
 

Enfin, j’ai tendance à penser qu’il existe un enjeu aujourd’hui à se faire rencontrer deux mondes qui ne se connaissent pas ou moins. Le monde de la culture ne se reconnait plus vraiment dans les salons et foires et n’a pas forcément conscience qu’au-delà des offres d’affaires ou de loisirs, ces lieux sont également des lieux d’expression et des espaces publics (alors que fondamentalement le monde des foires et salons est extrêmement constitutif des activités culturelles et créatives : FIAC, Marché du Film, Midem, Salon Livres, ….)
 

Ce prix permet également de mettre un coup de projecteur sur le parc Grand Poitiers auprès de la profession et sur une initiative qui a été saluée par le public. C’est en effet un parc qui s’est agrandi en 2014, devenant ainsi le 2ème plus grand parc de la nouvelle Région Aquitaine Limousin Poitou Charente avec 16 000 m2 de surface couverte. Nous avons pour objectifs de développer, avec une forte ambition, l’activité du Parc ainsi que de créer des synergies avec le Centre de conférences de Grand Poitiers.

 

Comment êtes-vous arrivé à la direction du parc Grand Poitier ?
 

Diplômé de l’EM Lyon et d’un DEA de philosophie, j’ai débuté mon parcours au marketing développement dans l’industrie cosmétique (L’Oréal).
 

Puis en 2001 je suis entré par hasard à Congrès et Expositions de Bordeaux comme directeur marketing et je me suis pris d’une sorte de passion pour la filière qui ne se dément pas depuis.
 

J’ai ensuite intégré la direction générale adjointe du Parc des Expositions et Centre de Congrès Pierre Baudis à Toulouse pour enfin rejoindre en 2014 le Parc des Expositions et Centre de Conférences de Grand Poitiers en tant que Directeur.
 

Parallèlement, j’ai fondé en 2014 Nundinotopia, une association pour la Recherche Développement et Innovation dans les Foires, Salons et Congrès. Le projet a deux objectifs principaux : comment développer la recherche et l’innovation sur les foires, salons et congrès, et comment faire de l’activité Foires Salons, Congrès une base de dispositifs majeurs pour la recherche et l’innovation en général (socialisation, valorisation, living labs, process d’innovation).

 

Vous pensez donc que les foires et salons ne sont pas assez connus par le monde économique et la recherche ? Et inversement que la filière n’investit pas assez dans la recherche et le marketing développement ?
 

Tout à fait ! Le monde économique et la recherche n’ont pas toujours conscience de ce que notre filière peut leur apporter en matière d’approche marketing, d’enjeux sociologiques, culturels, ou politiques, et même scientifiques (les publications sont assez peu nombreuses). On ne parle pas assez des forces incroyables de notre activité ! Et pourtant, il n’y aurait pas de sciences sans congrès, il n’y aurait pas de grandes filières, notamment culturelles et créatives, sans les salons (pas de cinéma, pas de marché du livre, pas d’art contemporain, …) et les productions scientifiques et artistiques sont bien souvent issues de la conversation qui peuvent y compris avoir lieu sur les manifestations !
 

Notre profession a, elle aussi, de beaux chantiers devant elle. Par exemple, c’est rare dans notre filière d’avoir un vrai service dédié au développement marketing, avec des fonctions claires de stratégies marketing. Dans l’industrie, on investit parfois jusqu’à 10% du chiffres d’affaires dans la R&D, pourquoi pas chez nous ? Surtout que les champs d’étude sont immenses et foisonnants…

 

Comment voyez-vous les grandes tendances pour les prochaines années ? Et pour notre Union ?
 

Économiquement, les rapports de forces ont bougé : les « organisateurs rois » n’existent plus et sous la pression des exposants la notion de business revient au cœur du sujet. Mais cela ne suffit pas pour penser les évolutions.
 

Dès lors, il faut que toute la filière intègre l’énorme créativité qui existe localement et individuellement.
 

Ainsi d’après moi, un des grands enjeux d’UNIMEV est de rassembler des acteurs des tous les métiers de la filière (ce qui est rare dans le monde) certes, mais aussi de permettre à chacun de connaître le métier des autres. Or j’ai souvent le sentiment que nous n’en sommes pas capables faute de conceptualisation. Nous sommes une filière d’excellents opérationnels qui a besoin de se penser. Je me réjouis d’ailleurs de la création du professorship avec l’ESCP et VIPARIS qui est une très belle avancée.
 

Se replacer dans le contexte international me semble aussi, pour UNIMEV, son autre enjeu pour les années à venir.

 

Un dernier mot ?
 

Malgré les apparences, nous oublions que nous venons en partie des expositions industrielles et des beaux-arts du 19ème siècle, nous oublions que les foires et salons sont extrêmement liées à notre modernité, et en très forte croissance depuis l’après-guerre et encore aujourd’hui. Ce n’est pas étonnant du tout que les acteurs du web rentrent progressivement dans la filière ! Rappelons-nous donc que les événements, au-delà du business, sont un des principaux moyens pour les hommes de converser et même d’affronter le complexe de nos sociétés.

 

Nous remercions Marc HALPER pour sa disponibilité.